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Marché de San Pedro : derrière le désordre, un monde organisé et des vies en mouvement…


On croit connaître un marché… jusqu’au jour où on prend vraiment le temps de le regarder.
À San Pedro, le grand marché ne se résume pas à des vendeurs et des clients. C’est un espace qui respire, qui bouge, qui fatigue et qui nourrit. Un lieu où tout semble désordonné au premier regard, mais où, en réalité, chaque chose a sa place, chaque zone sa fonction, et chaque personne son combat.


Le marché Gouro, le marché poisson, le marché Nabo Félix, la zone Total et le Carrefour Salade ne sont pas des marchés différents. Ensemble, ils forment un seul et même grand marché. Ces noms servent simplement à distinguer les différentes parties selon ce qu’on y trouve le plus.
Au marché Gouro, les produits vivriers dominent : aubergines, oignons, piments, tomates, mais aussi placali, huile et autres produits transformés. L’ambiance y est intense. Les vendeuses interpellent, les clients négocient, les allées sont pleines.



Le marché poisson se reconnaît immédiatement. L’odeur, les cris, les bassines remplies de poissons frais, fumés ou séchés… Tout y tourne autour de la mer. L’activité est rapide, vivante, parfois bruyante.
À la zone Total, près de la station, ce sont les tubercules qui dominent : ignames, taros, patates. Les produits y sont vendus en grande quantité.
Le Carrefour Salade est le point le plus polyvalent. On y trouve presque tout : nourriture, vêtements, chaussures, coiffure. C’est aussi l’endroit où les activités non alimentaires sont les plus visibles.


Mais c’est au marché Nabo Félix que l’on remarque une différence importante. L’espace y est plus structuré, avec des magasins bien organisés et des emplacements définis. La salubrité y est meilleure, contrairement à d’autres zones du marché qui deviennent parfois boueuses et difficiles, surtout en période de pluie.
Car la question de la salubrité reste un défi. Entre les déchets, l’eau stagnante et l’affluence, certaines zones sont moins propres, surtout quand il pleut. Malgré cela, chacun essaie de maintenir son espace.


La circulation est également un enjeu. Les allées sont souvent encombrées : clients, vendeurs, brouettes… Pour réguler tout cela, la police municipale, appelée les policiers du marché, intervient régulièrement pour libérer les passages et maintenir l’ordre.



Mais au-delà de l’organisation, c’est aussi une réalité économique qui se joue.
Un vendeur de produits alimentaires, Coné, explique que les prix ont fortement augmenté.
« Entre 2025 et 2026, les prix ont augmenté d’environ 30 % », affirme-t-il.
Une hausse qui se ressent directement dans le quotidien. Les clients se plaignent, achètent moins ou négocient davantage. Pour les vendeurs aussi, la situation n’est pas simple : ils doivent vendre dans un contexte où le pouvoir d’achat devient plus difficile.
Koffi, venu de Yamoussoukro pour la première fois, confirme cette impression :
« San Pedro est plus cher que Yamoussoukro. »
Dans ce contexte, chacun s’adapte comme il peut.


Soumaoro, 17 ans, élève, pousse sa brouette dans les allées. Il travaille ici pour préparer sa rentrée scolaire. Les journées sont longues, fatigantes, et parfois compliquées avec la circulation et les règles du marché. Mais il continue. Parce que c’est un moyen de gagner de l’argent.
Comme lui, plusieurs jeunes sont présents. Certains sont encore plus jeunes, parfois autour de 10 ans. Même si cela est interdit, ils viennent quand même, poussés par la nécessité.
Et puis, il y a elles.
Les femmes du marché.
Du lundi au samedi, elles sont là. Elles ouvrent leurs boutiques, installent leurs marchandises, attendent les clients. Certaines paient leurs magasins chaque mois. Les journées ne sont pas toujours bonnes. Parfois, il n’y a pas de clients. Mais elles tiennent bon. Elles s’adaptent. Et elles arrivent, malgré tout, à faire vivre leurs familles.
Le grand marché de San Pedro n’est pas seulement un lieu de commerce.
C’est un lieu de courage, de débrouillardise et de réalités économiques fortes.
Et quand on prend le temps de l’observer, on comprend une chose :
ce marché ne montre pas seulement ce que les gens vendent… il révèle surtout comment ils vivent.


Konan Ephrahim

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