Derrière la carte postale aux plages de sable fin et aux eaux cristallines de Grand-Béréby, une réalité beaucoup plus brute persiste à Camp Fanti, le quartier le plus en marge de la commune.
Si la cité balnéaire séduit par son calme et sa propreté exemplaire, le contraste avec Camp Fanti frappe dès les premiers pas. Ici, pas de villas de standing ni de complexes hôteliers. Le paysage urbain laisse place à un enchevêtrement de baraquements en planches, de petites bâtisses en terre battue et d’allées étroites où s’entremêlent les effluves piquantes du poisson fumé et l’air salin de l’océan.

Le traumatisme de 2010 : De la splendeur de Gbowé à la relégation
Pour comprendre l’état actuel de Camp Fanti, il faut remonter aux heures sombres de la crise post-électorale de 2010. Avant ce tournant tragique, la communauté ghanéenne pilier de l’économie halieutique locale avait bâti sa prospérité dans le secteur prisé de Gbowé. Leurs demeures en dur, érigées face à la mer grâce aux fruits d’années de labeur, faisaient la fierté du secteur.
La guerre a malheureusement tout balayé, réduisant en cendres ces investissements d’une vie.
Au sortir de la crise, l’administration municipale menée par le maire Gosso Yabayou Alphonse a réinstallé en urgence ces familles sinistrées sur le site actuel de Camp Fanti. Plus d’une décennie plus tard, le provisoire s’est incrusté dans le quotidien.

La psychologie de l’investissement : La blessure du passé
Pourquoi le quartier semble-t-il figé dans le temps ? La réponse réside dans un sentiment d’incertitude tenace : Le traumatisme de la perte : Ayant tout perdu en 2010, de nombreux résidents hésitent à réinvestir leurs économies dans le foncier local.
Le repli vers le pays d’origine : Une grande partie des capitaux générés par la pêche artisanale est aujourd’hui renvoyée au Ghana pour y bâtir des logements sécurisés.
La précarité du statut foncier : L’absence de titres de propriété définitifs refroidit les initiatives de construction en dur.
Intégration ou délocalisation : Quel avenir pour Camp Fanti ?
Alors que le Ghana est souvent cité en exemple pour la gestion de ses littoraux et sa propreté, la situation de Camp Fanti pose une question fondamentale d’urbanisme et d’intégration socioculturelle.
La simple sensibilisation des populations suffira-t-elle à métamorphoser le quartier ? Deux écoles s’affrontent : La voie de la restructuration : Aménager Camp Fanti sur place en y injectant des infrastructures de base (assainissement, voies bitumées, modernisation des fumoirs à poisson).
La voie du relogement : Déplacer la communauté vers un site mieux adapté aux activités de pêche industrielle et artisanale tout en désenclavant le secteur.
Une chose est certaine : pour que la vitrine touristique de Grand-Béréby brille pleinement, le développement de la commune devra passer par une solution durable pour Camp Fanti et ses habitants.