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À Kokolopozo, l’Agropole du Gbôklé accélère sa mise en place entre production et formation agricole


À Kokolopozo, dans le district du Bas-Sassandra, l’Agropole du Gbôklé poursuit sa mise en place avec une ambition qui dépasse la seule production agricole : créer un véritable dispositif associant formation, production, expérimentation et accompagnement des jeunes vers l’installation.


Porté par le Conseil régional du Gbôklé, avec l’appui du ministère en charge de l’Agriculture et l’implication de l’Institut national de formation professionnelle agricole (INFPA), le projet s’étend sur un ensemble de 46 hectares. Il comprend 15 hectares destinés à l’implantation de la future École régionale de l’agriculture, 20 hectares de champs d’application exploités avec les communautés villageoises et une exploitation privée de 11 hectares financée personnellement par le président du Conseil régional du Gbôklé, Mahamadou Kébé.



C’est dans ce cadre qu’une visite pédagogique a été organisée le 19 septembre 2026 sur le site de Kokolopozo. Vingt-deux étudiants en licence issus des filières agricoles de l’Université Polytechnique de San-Pédro, notamment dans le domaine du génie aquacole, accompagnés de leurs encadreurs, ont découvert les différentes installations déjà réalisées et les activités en cours de développement.


La délégation comptait notamment le Dr Marc O. TOGBE, directeur général de l’INFPA, le Dr Silué Fatogoma Étienne, vice-doyen de l’Université Polytechnique de San-Pédro et responsable des filières agricoles, ainsi que Mme Traoré, assistante en productions animales et vivrières, chargée de l’encadrement et du suivi des fermes au sein de l’Université.


La visite a été conduite sur le terrain par Pierre Joseph, coordinateur opérationnel de l’Agropole du Gbôklé et consultant agricole auprès du Conseil régional pour le développement du pôle agricole. Il a présenté aux participants l’organisation générale du site, l’avancement des différentes unités de production et les liens prévus entre l’exploitation économique, les activités pédagogiques et l’accompagnement des jeunes vers l’installation.



Cette immersion a permis de mettre en évidence la place accordée à la pratique dans le futur dispositif de formation. Pour le Dr Marc O. TOGBE, l’expérience de terrain doit permettre aux futurs techniciens de passer de la connaissance de l’aquaculture à la compréhension concrète d’une véritable entreprise aquacole, avec ses choix techniques, ses exigences de maintenance, ses contraintes économiques et ses possibilités de diversification.


« Nous voulons, à travers la formation, transformer des vocations agricoles en compétences professionnelles. Il s’agit de former des jeunes capables d’intervenir dans le secteur privé ou de s’installer eux-mêmes dans les différentes chaînes de valeur », a-t-il expliqué.

Une exploitation déjà en activité

Sur les 11 hectares de l’exploitation privée, plusieurs activités sont déjà engagées.

Parmi les quatre serres installées sur le site, deux sont actuellement en production. Elles accueillent environ 500 plants de tomates chacune, soit près de 1 000 plants au total. Les premiers fruits sont déjà visibles et les premières récoltes sont attendues dans les prochaines semaines.


Les deux autres serres sont en phase de lancement. Elles accueilleront prochainement d’autres cultures vivrières et des légumes du quotidien, afin de diversifier la production et de répondre aux besoins du marché local.

Le responsable technique des serres, Bakoïta Doukouré, dit « BK », participe au développement de cette activité. D’autres productions sont également préparées. Un hectare et demi de parc à bois a été implanté pour produire des boutures de manioc, tandis qu’une partie importante des terres a déjà été retournée en vue de la préparation des sols et de l’implantation prochaine de différentes céréales.


Ces cultures doivent notamment permettre de développer une production davantage intégrée au fonctionnement de l’exploitation, y compris pour l’alimentation de certaines activités d’élevage.

Le secteur avicole avance également avec la construction du premier bâtiment destiné aux futures poules pondeuses. Le bâtiment, d’environ 540 m², constitue l’une des infrastructures déjà engagées sur cette partie du site.

L’objectif est progressivement de faire cohabiter plusieurs activités sur la même exploitation : maraîchage, cultures vivrières, aviculture, pisciculture et, à terme, héliciculture et autres productions adaptées au territoire.


Cette diversification doit permettre de mieux utiliser les ressources disponibles, de valoriser les sous-produits de chaque atelier et de limiter les risques économiques liés à une seule production.

La pisciculture, autre pièce maîtresse du dispositif

L’activité piscicole constitue l’un des principaux volets de l’exploitation.

Les travaux ont commencé par le nivellement du site, avant la réalisation et l’installation des bassins galvanisés hors-sol. Les équipements d’aération ont ensuite été positionnés sur leurs supports.

Le dispositif comprend 22 bassins de 72 m³ chacun, représentant une capacité totale de production de 1 584 m³.

Plusieurs de ces bassins seront consacrés à la production d’alevins. Ce choix doit contribuer à répondre au manque important d’alevins auquel sont confrontés les pisciculteurs dans le sud de la Côte d’Ivoire.


Une partie des alevins produits sera destinée à la vente directe. Une autre partie sera conservée sur le site pour le pré-grossissement, avec également une possibilité de commercialisation à ce stade. Les poissons poursuivront ensuite leur développement dans les bassins de grossissement avant leur mise sur le marché.



Cette organisation doit permettre à l’Agropole d’intervenir sur plusieurs maillons de la filière piscicole, depuis la production d’alevins jusqu’à la commercialisation de poissons arrivés au poids de vente.

À plus long terme, le projet envisage également de consacrer certains bassins à des essais d’élevage de poissons en eau salée. Cette orientation vers la mariculture doit permettre d’expérimenter des productions adaptées à la situation littorale du Gbôklé et d’explorer de nouvelles possibilités économiques pour le territoire.

Des réserves d’eau pour sécuriser et intégrer les productions

Le dispositif piscicole est complété par d’importantes réserves d’eau.

Une première réserve, initialement prévue pour environ 700 m³, a été agrandie pour atteindre une capacité estimée à près de 900 m³.

La réserve tampon située à proximité des bassins a également été fortement agrandie. Elle mesure environ 40 mètres de long sur 20 mètres de large, avec un fond en pente et une profondeur comprise entre 2 et 3 mètres.

Cette réserve remplira plusieurs fonctions. Elle participera à la régulation et à la sécurisation du fonctionnement de la pisciculture, tout en permettant la récupération et la valorisation d’une partie des eaux issues des bassins.


L’eau pourra ensuite être utilisée pour les cultures maraîchères de plein air. La réserve pourra également accueillir une production de silures ou d’autres espèces adaptées, capables de valoriser une partie de la matière organique provenant de l’activité piscicole.

La mise en production des bassins n’est toutefois pas encore effective. Selon Dely Privat, technicien de l’entreprise DP Aquafish chargé des installations piscicoles, plusieurs opérations doivent encore être réalisées, notamment la finalisation de l’alimentation en eau, l’installation du champ solaire et la mise en place des équipements nécessaires au suivi technique des bassins.

L’arrivée des poissons, des aliments et du matériel de contrôle constituera ensuite une étape indispensable au démarrage de la production.

La future centrale solaire, d’une puissance prévue de 100 kW, doit permettre d’alimenter de manière autonome les installations piscicoles, notamment les équipements d’aération indispensables au maintien d’une bonne oxygénation de l’eau.

Une ferme intégrée comme support de formation

Le projet prévoit une véritable intégration des différentes activités. L’eau issue des bassins piscicoles pourra contribuer à l’irrigation et à la fertilisation du maraîchage, tandis que les résidus végétaux et certains sous-produits agricoles pourront être valorisés dans les autres ateliers.

La pisciculture pourra ainsi être associée au maraîchage, à l’aviculture et, à terme, à l’héliciculture. Cette organisation doit permettre d’améliorer l’autonomie du site et de développer plusieurs sources de revenus sur une même exploitation.

Pour les étudiants ayant découvert les installations le 19 septembre, cette complémentarité constitue l’un des principaux enseignements de la visite. Plusieurs ont expliqué avoir désormais une autre vision de l’agriculture.


Ils ont notamment compris qu’une exploitation moderne pouvait associer plusieurs productions afin de mieux valoriser l’eau, les terres, la matière organique et les équipements disponibles, tout en limitant les risques économiques liés à une seule spéculation.

« Avant, nous avions tendance à considérer chaque production séparément : le riz, le cacao, le poisson ou encore le poulet. Nous comprenons maintenant le fonctionnement d’une exploitation intégrée », ont expliqué les étudiants à l’issue de la visite.

Cette découverte leur a également permis d’envisager leur avenir professionnel différemment. Certains ne souhaitent plus seulement devenir employés dans une ferme, mais ambitionnent désormais de créer et de gérer leur propre exploitation intégrée.

Une école pensée autour de la pratique

L’ensemble de ces installations doit surtout servir de support à la future École régionale de l’agriculture.

L’établissement doit pouvoir accueillir jusqu’à 600 apprenants venus des différentes régions de Côte d’Ivoire, à travers des formations longues et des formations courtes spécialisées.

Les parcours envisagés vont notamment du brevet de technicien agricole au BTSA, avec l’objectif de développer progressivement des formations jusqu’au niveau de la licence, puis de l’ingénieur.


Des formations courtes pourront également être proposées aux jeunes, producteurs, employés agricoles, femmes, membres de coopératives et porteurs de projets souhaitant renforcer leurs compétences dans un domaine précis.

L’approche doit dépasser les salles de cours. Les apprenants pourront s’appuyer sur les installations de l’exploitation pilote de 11 hectares et sur les 20 hectares de champs d’application pour expérimenter, produire et confronter les enseignements théoriques aux réalités du terrain.


Sur ces 20 hectares, les productions seront développées en lien avec les communautés villageoises. Les revenus générés pourront être partagés entre les propriétaires terriens, les apprenants et le Conseil régional, afin de contribuer notamment au renouvellement des investissements et à la continuité des activités.

Pour le Dr Silué Fatogoma Étienne, vice-doyen de l’Université Polytechnique de San-Pédro et responsable des filières agricoles, le site peut devenir un véritable support d’apprentissage pour les étudiants.

« Nous croyons que ce site sera un site pédagogique pour nos étudiants, notamment ceux de l’Université Polytechnique de San-Pédro », a-t-il déclaré.



Il a également souhaité qu’un partenariat soit rapidement formalisé entre les différentes institutions afin de permettre l’organisation régulière d’immersions, de travaux pratiques et d’activités pédagogiques sur le site.

Selon le Dr Marc O. TOGBE, la future école doit contribuer à former des professionnels capables de gérer des exploitations aquacoles et agricoles intégrées, mais aussi de créer leur propre activité.

Elle a vocation à devenir un vivier de compétences et une référence pour le génie aquacole, l’agriculture intégrée et l’entrepreneuriat agricole dans le Gbôklé.

Un investissement personnel au service d’une démonstration concrète

Cette orientation rejoint la vision portée par Mahamadou Kébé, qui explique avoir voulu investir personnellement dans l’exploitation de 11 hectares pour montrer concrètement qu’il est possible de vivre de l’agriculture.


« Je ne voulais pas demander aux jeunes de croire en l’agriculture sans y engager moi-même mes propres moyens », explique le président du Conseil régional.

Pour lui, une exploitation agricole doit être capable de produire, de vendre, de créer des emplois et de générer suffisamment de revenus pour poursuivre son développement.

Le site de Kokolopozo doit donc être à la fois une exploitation économique et un espace de démonstration pour les futurs apprenants.

Il doit permettre aux jeunes d’observer le fonctionnement réel d’une exploitation, y compris ses contraintes techniques, ses charges, ses choix d’investissement, son organisation du travail et ses débouchés commerciaux.

300 jeunes du Gbôklé visés pour l’installation

Au-delà de la formation, l’Agropole porte un objectif d’installation des jeunes.

Le Conseil régional prévoit d’accompagner 300 jeunes du Gbôklé vers l’installation agricole sur cinq ans. Cet objectif est distinct de la capacité de formation de l’école, qui pourra accueillir jusqu’à 600 apprenants originaires de l’ensemble de la Côte d’Ivoire.

Tous les apprenants pourront être formés, mais l’accompagnement direct vers l’installation concernera prioritairement les jeunes du Gbôklé. Cet accompagnement pourra également nécessiter la mobilisation d’autres partenaires et de financements complémentaires.

L’objectif est de permettre à ces jeunes d’acquérir des compétences pratiques, mais aussi de maîtriser les différents aspects d’une activité agricole : produire, élever, transformer, gérer les coûts, tenir des comptes simples et commercialiser.


Mahamadou Kébé présente cette orientation comme une démarche de « deuxième chance » pour des jeunes qui n’ont pas forcément trouvé leur place dans le parcours scolaire ou professionnel classique.

Mme Traoré, assistante en productions animales et vivrières chargée de l’encadrement et du suivi des fermes à l’Université Polytechnique de San-Pédro, estime que ce type de dispositif peut aider les jeunes à se projeter dans leur propre installation.

« Ce genre de projet est ce dont la jeunesse a besoin aujourd’hui. Il encourage les jeunes à s’accrocher, à se perfectionner et à envisager leur propre installation. Il crée de l’emploi et de la richesse », a-t-elle indiqué.

L’objectif affiché n’est donc pas simplement de former des diplômés, mais de favoriser l’émergence de techniciens, de producteurs et d’entrepreneurs capables de créer leur propre activité et des emplois sur le territoire.

Faire du Gbôklé un territoire de production et de transformation



L’ambition portée par le projet est plus large encore.

À terme, Mahamadou Kébé souhaite faire du Gbôklé un véritable grenier pour la Côte d’Ivoire, en s’appuyant sur les terres, les ressources en eau et la jeunesse du territoire.

La diversification des cultures et des élevages, le développement de la transformation locale et la mise en place de circuits courts doivent permettre d’augmenter la production tout en créant davantage de valeur localement.


Le projet intègre également des préoccupations environnementales, notamment la préservation du plus grand nombre possible d’arbres présents sur le site, le développement de l’agroforesterie, l’installation d’arbres fruitiers en bordure des parcelles, la valorisation de la matière organique, la gestion raisonnée de l’eau et le recours à l’énergie solaire.

L’objectif est de construire progressivement un site aussi autonome que possible en matière d’eau, d’énergie et de fertilisation, sans dissocier les performances économiques de la préservation des ressources naturelles.

Le budget adopté par le Conseil régional pour cette première phase s’élève à 225 millions de FCFA pour 2026. Il doit notamment permettre d’engager la construction du bâtiment administratif, d’un premier bâtiment de salles de cours et de bâtiments sanitaires.

Une enveloppe supplémentaire de 400 millions de FCFA est envisagée pour 2027 afin de poursuivre le développement de l’établissement. Les premières constructions de la future école doivent débuter entre octobre et novembre 2026, avec une première ouverture envisagée en septembre 2027, sous réserve de l’évolution du calendrier, des financements et des validations nécessaires.


À plus long terme, le dispositif doit progressivement intégrer des salles de cours supplémentaires, des salles techniques, des laboratoires, des ateliers, des unités de production et des espaces d’hébergement pour les apprenants venant de localités éloignées.

Des activités qui quittent progressivement le stade des intentions

Pour les responsables du projet, les premières récoltes attendues prochainement auront une portée particulière. Elles constitueront les premiers résultats visibles du travail engagé sur le terrain, mais aussi une récompense pour les techniciens qui participent quotidiennement à la mise en place et au fonctionnement du site.

À Kokolopozo, l’Agropole du Gbôklé est encore en construction, mais plusieurs activités ont déjà quitté le stade des intentions.


Les tomates commencent à produire, le parc à bois de manioc est installé, les terres sont préparées, le bâtiment avicole est en construction et les infrastructures piscicoles sont largement avancées.

La visite des étudiants de l’Université Polytechnique de San-Pédro a également permis de confirmer le potentiel pédagogique du site et l’intérêt d’un rapprochement entre l’Université, l’INFPA, le ministère en charge de l’Agriculture et le Conseil régional du Gbôklé.

L’enjeu des prochaines étapes sera désormais de connecter progressivement ces différents éléments pour faire fonctionner le modèle imaginé : former, produire, expérimenter, transformer, créer de la valeur et accompagner les jeunes vers leur propre installation.


Zady Cedric


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