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Interview : À la découverte de « MANNO », la flèche de l’Elite Athlétisme Club de San-Pedro

​ Loin des projecteurs des stades et de la ferveur du public, qui est vraiment Koffi Hermann ? Nous avons rencontré la star montante de l’athlétisme de notre ville pour une discussion à cœur ouvert. Entre deux sessions d’entraînement intensives au terrain du collège municipal, il se confie sur sa gestion de la pression, sa vie de pétrucien presque ordinaire. Une immersion intimiste dans le quotidien d’un athlète hors norme.

 1) Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

À l’état civil, je m’appelle Koffi Kouadio Hermann. Dans le milieu sportif et pour mes proches, je suis plus connu sous le pseudonyme de « MANNO » ou encore « CAPI ». Je suis athlète au sein de l’EAC-SP (Elite Athlétisme Club de San-Pedro).

2) Comment est née cette passion pour l’athlétisme et comment avez-vous intégré votre club ?

Je suis un grand passionné de sport depuis mon plus jeune âge, mais je n’avais jamais eu l’opportunité d’intégrer un club structuré. C’est au collège que j’ai participé à ma première détection de talents en athlétisme. Malheureusement, je n’avais pas été retenu ce jour-là. Un an plus tard, le coach du club est devenu mon professeur d’EPS. Il a invité tous les passionnés à venir s’entraîner. J’ai immédiatement sauté sur l’occasion pour faire mes preuves et c’est ainsi que j’ai enfin intégré le club.

​3) Quel est votre tout premier grand souvenir sur les pistes ?

Sans hésiter, ma première médaille ! Mais ce qui reste gravé en moi, c’est aussi ma toute première compétition officielle sur la piste mythique du Stade Félix Houphouët-Boigny à Abidjan. C’était un moment magique.

​4) Que représente la ville de San-Pedro pour votre carrière ?

Vivre et m’entraîner à San-Pedro est une véritable bénédiction. C’est cette ville qui m’a ouvert ses portes et qui m’a donné la chance de pouvoir exprimer et développer mon talent. Je lui dois beaucoup.

​5) Comment le public local vous perçoit-il au quotidien ?

Ici à San-Pedro, peu importe où je vais, je croise toujours des personnes qui m’encouragent et me soutiennent. Même si je pense parfois passer inaperçu, le public me reconnaît et me donne des surnoms affectueux. Selon les gens, on m’appelle « Bolt », « Le coureur », « Le sportif », « Le champion », ou encore « Gabriel Tiacoh » [ndl: Référence au célèbre médaillé olympique ivoirien]. Dès que je sors, j’entends aussi souvent : « Courir, c’est notre métier ! » Ça fait chaud au cœur.

​6) Parlons de votre environnement de travail. Dans quelles conditions évoluez-vous ?

 Il faut être honnête, notre environnement d’entraînement est difficile. Mais en tant qu’athlètes, nous nous sommes adaptés et nous faisons avec les moyens du bord. Nous bénéficions du soutien de la Direction Régionale des Sports de San-Pedro, qui s’efforce de trouver des solutions adaptées à nos besoins, même si les ressources restent encore insuffisantes pour le haut niveau.

7) Quel message aimeriez-vous lancer à la jeunesse d’aujourd’hui ?

Mon message est simple : tous les jeunes doivent avoir un rêve et une ambition. Je les exhorte à ne pas se laisser détruire par la drogue, l’alcool ou la cigarette. Notre jeunesse est malheureusement trop victime de ces fléaux. Le sport est une bien meilleure issue.

​8) Quel a été le plus grand obstacle dans votre parcours jusqu’à présent ?

 Le manque de soutien financier stable. Quand on doit se prendre en charge entièrement soi-même et que surviennent des blessures que l’on n’a pas les moyens de soigner correctement, cela freine brutalement une montée en puissance. C’est le plus difficile à gérer pour un athlète.

​9) Justement, comment parvenez-vous à concilier les exigences du quotidien et le sport de haut niveau ?

 Au début, c’était extrêmement difficile de gérer la pression entre l’école, le quotidien et les compétitions. Mais avec le temps, on apprend à s’adapter petit à petit. Aujourd’hui, ce rythme est devenu notre quotidien, et nous y arrivons grâce aux précieux conseils et à l’encadrement de notre coach.

​10) Quels sont vos objectifs pour l’après-carrière d’athlète ?

Mon objectif à long terme est de me reconvertir. Je veux devenir Coach ou Officiel Technique professionnel, et exercer au niveau international.

​11) Comment voyez-vous l’évolution de votre discipline dans la région du Bas-Sassandra ?

Avec un sourire il répond : « je suis très optimiste, dans les années à venir, on entendra beaucoup parler de l’évolution de l’athlétisme à San-Pedro, que ce soit au niveau local, national ou international. Depuis deux ans, un programme de développement a été mis en place pour booster la discipline. C’est d’ailleurs ce dynamisme qui a permis la création d’un tout nouveau club dans la région. L’avenir est prometteur ! ».

Fatou NIANG

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